23 Juillet 2012 – 9 Av- -Sacrifier au nom de la Foi

Télécharger Vidéo Télécharger Audio 2 histoires, apparemment contradictoires, nous apportent un enseignement important.
La 1ère concerne l´époque des décrets romains contre le Judaïsme et la Torah. Il est décrété, notamment, le supplice de tous ceux qui enseigneront la Torah en public. Nos Maîtres se posent donc la question : va-t-on continuer à enseigner en public, ou bien va-t-on se cacher ? Rabbi Yossi Bar Kisma pense qu´il faut enseigner seulement en secret. Au contraire, Rabbi ´Hanina soutient que se cacher renforcerait les Romains dans leur décision de faire taire la Torah. Rabbi Yossi lui répond que la Torah ordonne de protéger sa vie ; par ailleurs, on ne peut provoquer un miracle d´Hachem en se mettant en danger. Mais Rabbi ´Hanina soutient qu´il faut placer sa confiance en Hachem et il continua à enseigner en public.

Rabbi ´Hanina fut brûlé vif, entouré dans son sefer Torah. Apparemment, son courage ne servit à rien, puisqu´il mourut, avec des milliers d´autres : Rome finit par les éliminer tous. Par la suite, dans l´histoire, par exemple en Russie, on survécut souvent en enseignant dans le secret.

Mais, dans un commentaire extraordinaire de Tossafot, il est dit que, dans le Talmud, Rome est appelée à ce moment-là \ »Rome la détruite\ ». Or, à cette époque l´Empire romain dominait le monde entier ! Tossafot rapporte que, le jour où Rabbi ´Hanina fut brûlé vif dans son sefer Torah, une voix sortit du ciel disant \ »Rome, tu seras détruite\ ». Ce jour, par le mérite du sacrifice de ´Hanina, il fut scellé dans le ciel que Rome n´aurait aucun avenir et serait détruite. Ce qui fut perçu, sur le moment, comme un excès d´héroïsme déplacé, est finalement rapporté par notre tradition, dans le secret profond de l´histoire et de ses mécanismes invisibles, comme le moyen par lequel Israël sortira un jour vainqueur. Car l´histoire se joue à deux niveaux : il y a la tendance visible, et il y a aussi une tendance qui se bat de front contre le mal et qui, même si elle semble sur le moment être la perdante, en réalité, à long terme, c´est cette lutte et ce sacrifice qui imposeront la victoire finale d´Israël.

Il y a aussi une 2nde histoire, qui semble dire tout le contraire : c´est le siège de Jérusalem par Titus. A nouveau, il y a 2 grandes écoles : l´une, avec tous les grands d´Israël, notamment le grand Rabbi Yo´hanan Ben Zaccaï, disait qu´il fallait ouvrir les portes de la ville et se rendre à Rome : on pourrait peut-être sauver le Temple, et atténuer le massacre. L´autre tendance, intransigeante, celle des birionim, les voyous, disait qu´il fallait se battre jusqu´au bout. Voyant la population se mettre, de plus en plus, du côté des Maîtres, pour négocier avec Rome, les Birionim brûlèrent tous les entrepôts de nourriture, pour affamer le peuple et l´obliger à se battre. Et ils tuèrent eux-mêmes tout Juif qui voulait se rendre à Rome. Ainsi, la population fut contrainte à les rejoindre et à se battre, par désespoir.

Pourquoi nos Maîtres donnent-ils raison à la tendance \ »jusqu´au-boutiste\ », dans la 1ère histoire, et non dans la 2ème ? C´est que, dans la 1ère, Rabbi ´Hanina prône le sacrifice de soi-même et n´entraîne personne par la force. Ceux qui le suivront le feront librement. Au contraire, dans la 2ème histoire, le sacrifice est imposé par les birionim qui sont appelés, non des idéalistes, mais des voyous.

Dans le Ghetto de Varsovie encerclé, il s´agissait d´une révolte collective et tous les grands de la Torah, comme le Rav Zenbo, y ont pris part et se sont sacrifiés pour mourir en héros. Leur sacrifice a donné des lumières et des mérites qui ont mérité tous les miracles de notre génération.

Le Ari HaKadosh explique que chacun des 4 exils de notre nation vient voiler l´une des lettres du Nom Divin, c´est à dire le dévoilement d´Hachem dans ce monde. L´ordre du voilement se fait de la gauche vers la droite : l´exil de Rome voile le youd, la 1ère lettre du Nom Divin. Le Ari explique que le youd est considéré par les mékoubalim en 2 parties : la pointe (le kots), et le corps (le gouf) du youd. Le dernier exil se divisera en deux : à son extrémité, il y aura la Délivrance (kets), mais aussi, auparavant, une confrontation avec Ishmaël. Le corps du youd fait allusion à la ´Ho´hma, la sagesse, et la pointe du youd au don du sacrifice, messirout nefesh. Ainsi,le dernier exil voile la sagesse et le don du sacrifice. Le Ari, il y a 1000 ans, vit qu´il y a un exil de la messirout nefesh, quand le sacrifice est imposé aux autres, et c´est la force d´Ishmaël et le dernier grand combat d´Israël et de toute l´humanité !

Comment une religion peut-elle porter comme plus haute expression le sacrifice imposé aux autres ? Ce monstre est là pour nous faire prendre conscience que nous devons, nous aussi, aller jusqu´au bout dans notre combat, en n´ayant peur d´aucun obstacle. Mais la différence est que notre sacrifice et notre combat intransigeant, nous ne l´imposons qu´à nous-mêmes et non aux autres ! Ce qui nous a affaiblis face à ces monstres, c´est la civilisation ôtant à l´homme l´engagement total de lui-même. Il nous faut devenir, à nouveau, des hommes et femmes engagés, selon la thèse de Rabbi ´Hanina, quoique l´on pense de nous, ou quoi que nous risquions. Mais sans imposer notre choix aux autres. Et c´est seulement ainsi que nous pourrons avoir la victoire sur les fous qui sont en face de nous.

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