20 Mai 2013 -Talmud Sanhedrin- Lorsque l´absurde devient logique.

Posté il y a 6 années by rav Haim Dynovisz
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MP4 MP3 RESUME DU COURS : Nous terminons le sujet commencé : les cas où il faut se laisser tuer plutôt que de transgresser. Le Talmud demandait pourquoi Esther ne s´est pas laissé tuer, puisqu´il s´agissait d´un acte de débauche avec un idolâtre, alors qu´elle était mariée.

Mais le Talmud avait répondu \ »elle est karka olam, terre inerte\ », dans une relation où elle est menacée de mort en cas de refus. Elle subissait, et cette passivité faisait qu´elle n´était pas obligée de se laisser tuer. De plus, elle savait que le sauvetage d´Israël passait par elle ; elle était missionnée pour sauver Israël, et s´est donc sacrifiée.

Nous lirons un commentaire de Tossefot d´une profondeur extraordinaire, page 148 dans Masséhet Sanhedrin : \ »je m´étonne, car c´est un cas de débauche, qui fait partie des 3 cas pour lesquels on doit se laisser tuer, même en privé. Pourquoi le Talmud invoque-t-il la passivité ? On peut aussi se demander pourquoi, dans le traité Ktouvot, on parle des jeunes filles pudiques qui sont prêtes à mourir, et la Guemara objecte : \ »pourquoi ne leur dit-on pas que c´est un cas de force majeure et qu´elles n´ont pas le devoir de mourir ?\ » Pourtant, elles ont le devoir de se laisser tuer, car c´est un cas de débauche.\ » Le traité de Ktouvot évoque le décret que les Grecs avaient pris contre les Juifs, selon lequel toute jeune fille qui se mariait était prise de force, puis ramenée le lendemain. Au début, toutes les jeunes filles pudiques se suicidaient avant d´arriver chez le gouverneur et le Talmud dit : \ »c´est un cas de force majeure, et elles n´avaient pas besoin de se laisser tuer.\ » Ce à quoi Tossefot répond : \ »elles sont mariées, c´est donc un cas de débauche, pour lequel il faut mourir.\ »

Rabbénou Tam explique : \ »la Torah ne punit pas de mort une relation avec un idolâtre, parce qu´elle a rendu efker la semence de l´idolâtre.\ » Efker, c´est un bien que l´on abandonne et qui n´a plus de propriétaire. En se servant de ce principe fondamental, il a tranché la loi dans un cas particulier : il s´agit d´une femme juive mariée qui a été infidèle à son mari ; même si elle fait teshuva, elle est désormais interdite à son mari, et aussi à son amant. Or, Rabbénou Tam autorisa le mariage avec un amant non-Juif, après qu´il se soit converti. L´interdiction concerne donc seulement le cas où la femme va avec un Juif, et ne s´applique pas si elle va avec un idolâtre (elle pourrait être reprise par son mari ou se marier avec son amant non-Juif). Au niveau des conséquences, les 2 cas sont différents. De la même façon, dans le cas de menace de mort, si celui qui menace une Juive est Juif, il faut se laisser tuer, alors que si celui qui menace n´est pas Juif, elle n´est pas obligée de se laisser tuer. C´est pourquoi le Talmud n´a pas dit, à propos d´Esther, que c´est de la débauche.

Rabbénou Tam donne une explication qui est un ´hidoush extraordinaire : un Juif est connecté à sa semence partout où elle se trouve, car il y a un lien éternel entre lui et sa semence ; c´est l´éternité du peuple juif. Si la semence se perd dans une matrice non-juive, elle reste toujours juive et, après plusieurs générations, quelqu´un se convertira. Tous les convertis ont une origine juive. Où que l´on soit, même si on se convertit à une autre religion, on reste toujours Juif, et on transmet une semence juive. Si un juif a un rapport interdit avec une femme, il met en elle une semence qui ne disparaît pas, et c´est pourquoi le mari ne peut la reprendre.

Rabbénou Tam met ici en évidence l´un des fondements de l´essence d´Israël : quand Avraham a été choisi, il lui a été dit \ »toi et ta semence\ » ; le choix est éternel et, partout où se trouve cette semence, le Juif reste attaché à elle. Lorsqu´un Juif se perd, sa descendance n´a pas de repos, jusqu´à ce que quelqu´un revienne par la conversion. Un converti permet à toute la lignée qui est avant lui de se reconnecter ; il récupère et donne le repos à toute sa lignée.

On comprend donc la gravité de l´adultère avec un Juif, car les conséquences sont éternelles. C´est un ´hidoush extraordinaire, d´un Maître du Moyen-Age, capable de voir à une hauteur morale et spirituelle remarquables.


30 novembre -0001